
Son jour de gloire
Arnaud André, puissance quatre
En février 97, le Virtonais Arnaud André a inscrit quatre des cinq buts de Virton à Wavre, en division 3. Et tout cela en une seule mi-temps.
Daniel JONETTE
» Andy Warhol a déclaré que chacun a droit à son quart d’heure de gloire. Pour moi, ce devait être ce soir-là, à Wavre. » Nous sommes le 8 février 1997. Stade Justin Peeters à Wavre. Le Racing Jet Wavre, qui fait la course en tête de Division 3 avec Hamme et Saint-Nicolas, n’a plus connu la défaite sur sa pelouse depuis près de dix-huit mois. Virton, posté à mi-classement, vainqueur de Roulers une semaine plus tôt, débarque sans complexe, sans pression et sans Elabar, pion essentiel du secteur défensif. Qu’à cela ne tienne, c’est toute sa ligne offensive qui va offrir un récital pour l’emporter sur un score de forfait. Coup de tonnerre sur la D3 et coups de canon d’Arnaud André, le goleador virtonais. Quatre au total, en une seule période, la deuxième. Déjà battu sur un tir de Mendoza au premier acte, puis sauvé par son cadre sur un essai d’André déjà, le portier wavrien, le mal nommé Brillant, va vivre 45 minutes cauchemardesques après le repos. » C’est le genre de rencontre qui reste gravée dans votre esprit, même si je n’ai plus un souvenir précis de chacun de mes quatre buts, commente Arnaud André. Un penalty et un coup de tête, mais pour les deux autres, je ne sais plus trop. À 0-3, le grand Westerlinck, qui jouait en marquage sur Marcio Rodriguez, a été exclu. C’était une armoire à glace, un défenseur violent et méchant. » Euphoriques ce soir-là, Virton et André allaient encore l’être une semaine plus tard au stade Yvan Georges, renvoyant Tournai avec un 4-0 bien tassé. Et deux nouveaux buts du goleador, auteur de 21 réalisations cette année-là. Ce qui allait en faire le buteur le plus efficace de la série de la série et lui offrir le Soulier d’or luxembourgeois.
» Saturday night scorer «
» La veille du match contre Tournai, je suis sorti jusqu’à 5 h du mat’, avoue Arnaud André. Un anniversaire un peu trop arrosé. Un entraîneur de jeunes de l’Excelsior, qui se trouvait là, m’avait même engueulé. Mais parfois, tout vous réussit. À Wavre, c’était pareil. S’agissait-il de mon meilleur match ? Je ne pense pas. J’ai inscrit trois buts lors d’une victoire 4-2 contre Mons. C’était peut-être celui-là le meilleur. De toute manière, ça ne peut être qu’une rencontre du samedi soir. Cette saison-là, j’ai inscrit deux buts un dimanche, lors de la journée inaugurale. Les dix-neuf autres ont été marqués en nocturne. Michel Le Flochmoan (NDLR : coach cette année-là) a fini par me demander si je sortais les samedis soir. » Le Vigor Hamme, sacré au terme de cette campagne 96-97, jouait toutes ses rencontres à domicile le dimanche après-midi. Arnaud André n’a pas marqué chez les champions. Si les Wavriens avaient su…
» Des regrets ? Pour la D2, pas la D1 «
Arnaud André, est-ce qu’un attaquant sent rapidement qu’il va se mettre en évidence dans un match ?
En général, oui. Quand vous frappez et que vous cadrez d’emblée vos tirs, c’est bon signe. C’est ce qui s’est produit ce soir-là à Wavre.
On peut déjà avoir cette sensation avant le match ?
Pas moi en tout cas. Il m’est arrivé d’avoir les jambes lourdes à l’échauffement et d’être performant pendant la rencontre. Je pense qu’à un moment donné, c’est dans la tête que tout se joue. Dans les premières minutes d’un match, le mental joue un grand rôle.
Vous avez le sentiment que votre exploit à Wavre vous a valu une soudaine notoriété ?
Oh, oui. Je me souviens de ce grand vestiaire et du coach qui me signale qu’on m’attend à l’extérieur. Je sors et je découvre, sans exagérer, une dizaine de journalistes, TV, radio ou presse écrite, qui veulent recueillir mes impressions. Mon interview était passée sur la RTBF. Géographiquement, Wavre est plus central que Virton. Ceci explique peut-être cela. On avait affirmé ce soir-là que pas mal de scouts se trouvaient dans les tribunes.
Ce qui vous a valu des sollicitations ?
Pas dans l’immédiat. Plutôt vers la fin de saison. Mais à part Grevenmacher, il ne s’agissait pas de propositions concrètes. Roulers s’est aussi manifesté et Genk a pris la température par l’intermédiaire de Jean-Marie Bruninx. Mais de toute manière, j’y coupais court tout de suite. J’avais fait le choix de demeurer en Gaume pour des raisons professionnelles.
Toujours aucun regret de ne pas avoir évolué en D1 ?
Pour la D1, non.
La D2 alors ?
Oui, avec Virton. Parce que c’est mon club de coeur. Le soir de la montée, que j’ai fêtée abondamment comme supporter, Michel Le Flochmoan m’a proposé de revenir. Mais avec mon emploi du temps, ce n’était plus possible.
Maintenant que vous êtes kiné de l’Excelsior, ça ne vous démange pas ?
En stage en juillet, j’ai pris part à un entraînement de tirs au but. Ça crée certes une petite envie passagère, mais on revient vite à la réalité.
VITE DIT
» Sacré duo ! «
Pour ce match du 8 février 97 à Wavre, Michel Le Flochmoan avait sélectionné le onze suivant : Xhardez ; Bruninx, Étienne, Gourmet ; Henroteau, Vausort, Viance, Guery, Mendoza ; André et Marcio Rodriguez. » Un sacré beau duo d’attaque « , dit encore aujourd’hui le coach virtonais. Les Wavriens, eux, alignaient : Brillant ; Dessy (futur coach de Mons), Hendrickx, Westerlinck ; Denil (l’ex-Molenbeekois), Tshimanga, Balis, Palmers, Turtelboom ; Gueye (qui allait passer à Charleroi) et Empain.
Huitième
Après ce match, l’Excelsior se retrouvait en 7e position. Il allait finir 8e (41 pts) d’un championnat remporté par Hamme (62) devant Saint-Nicolas (51), Strombeek (51), Wavre (47) et le SK Roulers (43).
5-0
Nets vainqueurs des Macas, les Virtonais avaient eu droit à un tout autre accueil trois ans plus tôt lors d’un tour final de promotion. Alors drivés par Rachid Belhout, et déjà avec des garçons comme André, Bruninx ou Étienne dans leurs rangs, ils avaient subi une semblable humiliation (5-0).
Quatre buts… en P3
Quatre buts dans un seul match en équipe première, Arnaud André n’a réussi cet exploit qu’à une autre reprise. C’était en P3 avec Ethe face à Tintigny. Lors de sa dernière saison d’ailleurs. » On avait gagné 1-5, se souvient-il. Pourtant, je n’avais pas entamé le match dans les meilleures conditions. Comme j’avais oublié ma carte d’identité, j’ai dû aller la rechercher et ne suis arrivé qu’à un quart d’heure du coup d’envoi. J’avais aussi oublié mes chaussures et j’ai joué avec celles de Laurent Brichard. «
19 chez les jeunes
» Mon record en équipes d’âge ? Il m’est arrivé plusieurs fois d’en inscrire plus de dix. Et même dix-neuf une fois, si j’ai bonne mémoire. En préminimes ou en minimes. Mais bon, je crois qu’on avait gagné 40-0. »
Un an sur deux
» J’avais cette particularité de me distinguer une saison sur deux, rappelle Arnaud André. Lors de ma
première année en D3, j’ai à peine inscrit 10 buts. Puis 21 la suivante et 11 l’année d’après. L’année du sacre en promotion, j’ai marqué à 20 reprises. »
Deux gauchers
Mendoza et Marcio Rodriguez étaient ses partenaires d’attaque en 96-97. » Deux gauchers, indique-t-il. J’avais sans doute plus de facilités à me positionner par rapport à eux. Surtout Marcio.Ça a dû jouer un rôle en effet. »
Surtout Virton
Arnaud André, qui fêtera ses 40 ans en octobre, a débuté à Virton en préminimes et s’est hissé jusqu’en équipe fanion (88-89, en D3). Après des intermèdes à Meix, Jamoigne, Libramont et Bastogne, il y est revenu de 92 à 98 avant de passer à Bleid, Saint-Léger et Ethe. Il joue encore en salle pour l’heure, à Virton. Citoyen de Saint-Mard, papa de deux enfants, dont un garçon qui joue en minimes provinciaux à Meix, il travaille comme kiné au Grand-Duché et pour l’Excelsior.
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